Les Fadas du Monde

où la liberté

Si le monde était une maison de fous, nous serions tous et toutes des doux dingues, à part égale et sans distinction de rêves, car il n’en existerait pas de plus grands que d’autres. La rue serait aux enfants, les musées, aux clowns. Les frontières seraient abolies ou alors, nous marcherions dessus comme sur un fil et notre numéro d’équilibristes dirait les ponts possibles. À ciel ouvert !

Oui, nous relierions les continents. Par les océans. Et nous trouverions asile au cœur d’un hôtel au nom des gens de mer. Évidemment, nous nous nourririons. Avec goût, de l’antique parfois. Sinon, en nous fournissons auprès d’une épicerie musicale, pour des notes et des pas de danse, les chevaux mêmes tangueraient.

Garder le cap, en fadas. Tchatcher sous les étoiles.

Depuis quand n’avons-nous pas parlé ensemble, pour ne rien se dire, pour se humer les uns les autres ? Il y a un an, un virus a bien compris que notre planète était une page blanche sans cesse renouvelée, aux sempiternels mêmes aléas. La maladie est devenue son centre, l’axe autour duquel elle a tourné et nous avons oublié de décrocher la lune.

Un pangolin nous a fait chuter, sûrement avait-il ses raisons.

Répondons à l’absurde par l’absurde. Soyons festifs, si nous ne sommes pas grand-chose comparés à l’âge de la Terre, à la taille de l’univers. Soyons populaires et gratuits, si tout se marchande, parfois même la peur.

Cet été, au bord d’un étang ensoleillé, né des dernières glaciations, nous serons publiquement et farouchement joyeux.  

La promesse est faite, d’hospitalité, d’égalité, de mondialité, de biodiversité, qu’un seul mot englobe : liberté.

Et que l’art transfigure ou incarne.

Des artistes, aux formes d’expression diverses, de la danse à la photographie, de l’écriture à la cuisine, du théâtre au cirque, de la vidéo à la musique, de l’écoute à la parole, mettront toutes leurs forces sensibles, peut-être même leurs fragilités, à donner à nos existences un sens comique sinon dramatique, mais certainement pas tragique.

Ils nous offriront un espace imaginaire où se joueront des actions fabuleuses.

Mieux, ils nous divertiront, nous amuseront et nous n’aurons aucune honte à vivre la farce qu’ils nous joueront. Elle ne sera pas une satire de nos idéaux, elle sera une ronde populaire, entrainée par un élan vital, où nous nous donnerons tous la main.

Nous danserons ensemble, nous jonglerons ensemble, nous mangerons ensemble.

Cette joie partagée ne nous soustraira pas entièrement à la réalité, les propositions artistiques dépasseront l’imagination corporelle, elles iront jusqu’aux idées, jusqu’à la pensée et parfois même s’aventureront en sciences et humanismes, de l’espace à la très terrienne chose publique.

Les fadas du monde en électrons libres, partout dans la ville, de son est à son ouest, de son nord à son sud, comme des continents différents, délimités par des frontières infranchissables, là, une avenue sur laquelle les voitures foncent, ici, un classement socio-économique qui dit qu’untel est pauvre, qu’untel est riche, l’un infréquentable, l’autre recommandable… et puis quoi, encore ?

La planète est habitable alors nous l’habitons.

Comme on peut.

Cet été, nous la rêverons par l’expérience d’un langage commun, celui des saltimbanques, nous opérerons un pas de côté de l’actualité, nous nous déplacerons jusqu’au bord du monde par un mouvement gracieux ou grotesque de danse, peut-être au lieu de fabrication des êtres humains.

Que découvrirons-nous alors ?

Que nous savons résister.

Que nous savons rire.

Que nous savons danser.

Que nous savons chanter.

Que nous savons nous émerveiller.

Que nous savons vivre.

Ensemble.

Libres.